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  • Brigitte Lahaie

    Naissance : 1955
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    Commentaire     LIVRE : Visages du cinéma français Vol.1 : A – B
    Brigitte Lahaie
    Document sans nom

    Interview de BRIGITTE LAHAIE

    par Stéphane Bruyère , septembre 2017

     

    Commençons par le début : Quand vous avez tourné vos premières scènes de X, est-ce que vous vous êtes demandé ce qu’en pensera votre famille, vos amis quand ils vous verront dans ce genre de scène ? est-ce que çà ne vous a pas freiné ?

    Non pas vraiment, j’étais jeune et insouciante. Sans doute aussi un peu rebelle et donc en fracture avec mon milieu bourgeois.

    Est-ce que votre choix de ne jamais avoir eu d’enfants dépend justement du fait de votre passé sulfureux, vous ne vouliez peut-être pas imposer cette image à vos enfants ?
    C’est ce que pensent bon nombre de gens. Mais en fait, c’est plus complexe que ça. Je crois que je n’avais pas envie de me consacrer à des enfants tant ma vie était riche. Je suis une grande amoureuse et je ne me voyais pas rester avec un homme qui aurait été le père de mes enfants. Et de toute façon j’étais très occupée, par mon métier, mes passions amoureuses et aussi les chevaux. Pour avoir un enfant, il aurait aussi fallu que je renonce quelques temps à l’équitation. Je crois que l’on est encore dans une société qui croit qu’une femme a besoin pour s’épanouir d’être mère, je peux vous affirmer que je n’ai jamais regretté mon choix et je me sens totalement femme.

    Maintenant parlons de votre brillante carrière, votre grande beauté, vos « charmes » ont vite fait de vous une vedette. Mais est-ce que vous pensez qu’il y a eu quelque chose en plus qui a fait que vous soyez célèbre, et si oui , quoi ?
    J’ai sans nul doute été très célèbre dans le x grâce à ma beauté et à ma photogénie mais si je suis ce que je suis aujourd’hui, c’est sans nul doute parce que je suis devenue une représentante de la vraie libération de la femme mais aussi de la sexualité et de l’amour. Ma carrière après le x y est pour beaucoup. Sans tout ce que j’ai fait après je serais sans doute peut-être pas tombée dans l’oubli mais moins respectée et reconnus

    A part Erika Cool, quelles étaient vos amies dans le milieu ?
    J’étais également assez proche de Karine GAMBIER et de France LOMAY, j’aimais bien aussi Julia PERRIN qui a en fait peu tourné.

    Avez-vous gardé le contact avec les acteurs ?
    Je reste en relation, certes très épisodique avec Richard ALLAN c’est tout mais je suis devenue amie avec Francis le producteur de presque tous mes films

    Avez quel réalisateurs avez-vous aimé tourner, ou au contraire celui ou ceux qui vous ont le plus dégouté ?
    Dans l’ensemble, j’ai eu plutôt de bons contacts avec les différents metteurs en scènes. Je m’entendais très bien avec Burt TANBAREE mais c’est sans doute Francis LEROI qui m’a le mieux dirigée dans « je suis à prendre ». et bien sûr j’ai une grande tendresse pour Jean ROLLIN à qui je dois mes premiers vrais rôles dans le cinéma.

    Vous avez dû être approché par les grands de ce monde, non ? Je sais que vous ne donnerez pas de nom, mais est-ce qu’il y a eu des hommes politiques, des chanteurs, des hommes de télévision qui ont essayé de vous séduire ?
    Oui et j’ai aussi eu quelques aventures avec des hommes très célèbres mais en effet je n’en dirai pas plus, j’ai un vrai respect pour l’intimité des gens.

    La télévision justement vous ignorait, et sans doute une revue comme « télé 7 jours » (que je collectionne pour la petite histoire, je les ai tous ou presque depuis le n°1, bref) ne parlait pas de vous quand vous étiez actrice, en gardez vous une rancune ? que pensez-vous de cette mise à l’écart.
    Ne croyez pas ça, j’ai même eu des interviews dans télérama plutôt au sujet de mon émission d’ailleurs. Concernant télé 7 jours, je ne sais pas vraiment. En fait, les seuls magazines qui m’ont vraiment ignorés puisqu’à ce jour, je n’ai jamais eu le moindre article, c’est les magazines féminins. Aujourd’hui je m’en amuse mais cela montre à quel point il y a encore du boulot pour libérer les femmes puisque les journalistes féminines me considèrent comme dangereuse !

    Pensez-vous que c’est le succès des  K7 VHS début des années 80 qui ont fait découvrir le X à de nombreux français (dont votre serviteur J ).
    Non pas forcément, je pense que c’est surtout l’entrée du x à la télé, d’abord bien sûr sur CANAL PLUS. Mais bien sûr la vidéo y a contribué. Cela étant dit, le sexe est devenu moins tabou à partir des années 90 surtout. C’est l’époque où l’on pouvait inviter une actrice de films x sans problèmes. Moi j’ai parfois été annulée au dernier moment entre 1985 et 1990. Sauf avec des personnalités comme Yves MOUROUSI ou Patrick SEBASTIEN, DECHAVANNES ou encore Antoine DE CAUNES plus libres que la plupart.

    Je vous repose la question que l’on vous a déjà posé : quel sont dans votre filmographie vos films préférés ?
    Franchement, je n’ai pas vraiment de préférences marquées, j’ai mis un peu de côté ma carrière cinématographique

    Que pensez-vous du cinéma français des années 60-70 ? Des acteurs populaires de cette époque comme Louis De Funés, Bernard Blier, Belmondo, Delon ?
    Je suis vraiment une passionnée de cinéma et j’aime le cinéma français également. Il y a une couleur particulière. Bien sûr on réussit mieux les comédies que les films d’action mais franchement que ce soit la grande vadrouille ou les valseuses, pour des raisons différentes, ce sont de vrais chef d’œuvres .

    Et des actrices comme Bardot, Deneuve, Mireille Darc (qui vient de nous quitter) ?
    Aucune des trois ne me passionne même si je reconnais la beauté exceptionnelle de Bardot mais ce ne sont pas des actrices qui me touchent ; je suis beaucoup plus sensible à celles qui laissent transparaître leur sensibilité comme Romy Schneider par exemple.

    Quel cinéma aimez-vous ?
    J’aime à peu près tout, sauf les films trop intellos, style palme d’or à CANNES ! J’ai été fan des films d’horreurs, moins maintenant mais je reste passionnée par les films de guerre, sans doute grâce à cette solidarité masculine souvent présente. Mais bien sûr j’ai un faible pour les grands films par exemple j’ai vu cette semaine « orgueil et préjugé » et j’adore ça. Je reste une midinette dans l’âme.
    En revanche, je ne suis pas du tout spectatrice de films pornographiques, j’en regarde plus par conscience professionnelle

    Votre reconversion est fort réussie, est-ce que vous êtes accaparé par votre métier, ou de quoi est fait votre quotidien ? Bref avez-vous du temps libre et qu’en faites vous ?
    Oui je travaille beaucoup mais la limite entre le travail et le plaisir est parfois floue, par exemple quand je déjeune avant mon émission avec un invité et que nous évoquons ensemble un sujet de sexo, est-ce que je travaille vraiment ?
    En tout cas je ne m’ennuie jamais, j’adore lire des livres de psys qui me font encore progresser. Je me passionne toujours pour des sciences plus spirituelles et ma passion loisirs c’est évidemment les chevaux

      Que pensez-vous du X de l’époque où vous avez tourné (qui personnellement me parait plus sain) par rapport au X de nos jours avec ces filles qui n’ont plus grand choses d’humain : seins siliconés, lifting du visage, touffe rasée…
    Cela n’a en effet plus rien à voir. L’époque à laquelle je tournais était encore une époque où l’on tournait des films même si les budgets ne cessaient de se réduire. Aujourd’hui on tourne des scènes avec des petites caméras et il n’y a plus grand-chose d’artistique. C’est dommage car cela ne laisse plus beaucoup de place à l’imaginaire et donc aux fantasmes et du sexe sans fantasmes cela mène souvent à l’addiction en tout cas cela appauvrit considérablement l’érotisme et donc la libido

    N’y a-t-il pas en ce moment une vague d’érotisme notamment chez les jeunes ?
    Je ne sais pas, il y a différents courants, c’est en tout cas ce que je ressens à les écouter dans mon émission. Certains se veulent libres et vivent des relations multiples et d’autres sont plus romantiques et croient à la fidélité.

    Alors que paradoxalement, la télévision est devenue très prude, il n’y a par exemple, plus de seins nus dans les pubs. Et, dans un autre domaine, Il n’y a plus de seins nus sur les plages. Pensez-vous que çà vient de la religion ?
    C’est le fameux courant alternatif, on va trop dans un sens puis on repart dans l’autre. Mais quoiqu’on en dise on a tout de même gagné en liberté.

    Dans « Moi, la scandaleuse », paru en 1987, vous disiez avoir perdu de vue vos amis du X. On sait -et on s’en félicite- que vous avez renoué avec Erika Cool. Sans rentrer dans les détails, avez-vous des nouvelles de Véronique Maugarski et de France Lomay ? Vous confessiez comme un remord vis-à-vis de cette dernière… Cela s’est-il arrangé avec le temps ?
    Non je ne sais absolument pas ce qu’elles sont devenues. Mais en même temps nos chemins sont tellement différents, je préfère garder les souvenirs de notre amitié, surtout en ce qui concerne France. Je ne crois pas que nous ayons encore beaucoup de points communs. L’amitié après un trop laps de temps est souvent délicate

    Vous évoquiez aussi le drame vécu par certaines actrices qui avaient caché leur passage dans le porno à leurs proches, passage mis en lumière quelques années plus tard par la diffusion de leurs films sur Canal +. Le développement d’Internet a-t-il eut, à votre connaissance, de semblables répercutions ? Le choc à-t-il été moindre, le « mal » étant déjà fait ?
    J’évoquais ce sujet récemment avec Ovidie et il semble que ce soit toujours compliqué de refaire une carrière dans la vraie vie avec l’étiquette d’actrice porno. Certes c’est moins sulfureux mais cela reste tout de même compliqué

    Un homme qui multiplie les conquêtes est considéré comme un Dom Juan, une femme faisant de même est ravalée au rang de s… Ce « principe » s’est t’il appliqué aux « retraités » du X ? Vos partenaires masculins ont-ils connus les mêmes difficultés pour assumer leur passage dans le porno ?
    Que l’on soit homme ou femme, le porno stigmatise. Et ce n’est pas prêt de changer quand on voit comment les débats sur la pénalisation des clients des prostitués a été mené. Tant qu’on ne reconnaitra pas la liberté de se servir de son sexe autrement que dans un but affectif, on n’avancera pas. Je ne dis pas que c’est anodin ou naturel mais je ne vois pas pourquoi cela doit être jugé par la société. La liberté s’arrêterait donc au niveau de notre sexe !

    Des gens comme Claude Chabrol ou Jean-Pierre Bouyxou ont parlé d’une dérive fasciste du cinéma porno. Un genre essentiellement libertaire à ses débuts, qui accompagnait la libération des mœurs et semblait dire « faites comme il vous plaira » s’est assez rapidement figé dans des « figures imposées » (à ces interprètes comme à ses spectateurs). Et on aboutit aujourd’hui à des film parfaitement calibrés avec des scènes de sexe invariables dans leur nombre, leur durée et leur déroulement. Comme s’il s’agissait de dire « c’est comme ça qu’il faut faire ! ». Voire pire encore, à considérer les modifications plastiques des interprètes : « C’est comme ça qu’il faut être. ». Quel est votre point de vue sur cette évolution qui semble nier toute personnalité, toute sensibilité ou tout imaginaire propre à l‘acteur comme au spectateur ?
    Je n’en ferai pas à débat politique ou philosophique, je crois plutôt que c’est le problème de la société de consommation. Le marché du x est assez étroit, donc on fait ce qui marche. Un film pornographique qui se voudrait différent n’aurait pas plus de chances qu’un autre standard et donc serait déficitaire.
    De toute façon le public du porno ne cherche pas à être éduqué sur le plan érotique, il se masturbe rapidement devant quelques minutes d’images. C’est triste mais c’est la nature humaine.

    Dans un documentaire récent qui donnait la parole à des «hardeuses », revenait souvent la notion de performance. Allez toujours plus loin, en donner plus au spectateur… Là encore, une préoccupation qui semble bien loin de l’état d’esprit des années 70 ?
    Non je ne suis pas d’accord, il y a toujours eu l’idée d’en montrer plus. Dans les années 70 on parlait de transgression alors qu’aujourd’hui on parle de performance. En fait, il faut montrer à l’écran plus que ce qu’on fait dans sa chambre à coucher en quelque sorte.

    De nombreux films « pornérotiques » se conjuguent sur un mode comique. Il me semble que l’on vous a assez peu employée dans ce registre. Est-ce pour vous un regret ? Vous sentiez-vous à l’aise dans la comédie ?
    Oui j’ai joué quelques comédies qui n’étaient d’ailleurs pas du tout pornographiques et je me suis bien amusée. Mais ma plastique ne se prêtait sans doute pas à ce genre en fait

    Vous avez partagé la vie de René Chateau qui a tenu un rôle prépondérant dans la préservation et la présentation du patrimoine cinématographique français. Cette relation a-t-elle fait de vous une véritable cinéphile ?
    J’étais cinéphile avant lui mais il est vrai que nous avions cette passion commune et je n’ai jamais autant vu de films qu’en sa compagnie. Il m’a d’ailleurs fait découvrir quelques metteurs en scène.

    Avec Les Raisins de la mort commençait une relation gagnant gagnant avec Jean Rollin. Il vous permettait de sortir du carcan du X, vous lui apportiez un nom connu à ses génériques. Avez-vous noué par la suite une amitié véritable ?
    D’après ses mémoires, il semblait en tous cas fier d’avoir contribué à faire de vous une véritable comédienne. Êtes-vous sensible à son univers, et d’une façon générale aimez vous le cinéma fantastique ?

    Oui je dois beaucoup à Jean qui m’avait d’ailleurs imposée sur les raisins non sans mal. J’ai un peu souffert sur ce tournage car très jugée par l’équipe et les acteurs. Puis j’ai eu d’autres expériences avec lui. Je crois qu’il y avait une belle complicité entre nous bien que nous étions assez différents. Il adorait me taquiner en me traitant de bourgeoise lui qui était assez anarchiste. En même temps nous avions tous les deux un auteur fétiche en la personne de Krisnamurti. C’était un être en finale assez complexe. J’ai redécouvert récemment le film « la nuit des traqués » et je pense qu’il traduit assez bien notre univers à tous les deux. Je ne suis pas très proche de son univers mais au moins il en a un, c’est vraiment un metteur en scène auteur.

    A ses côtés, vous avez enregistré des commentaires audio du film La Nuit des traquées. On vous y sent étonnée - positivement - par votre prestation. Doutiez-vous beaucoup de vos qualités de comédienne à l‘époque de ce tournage ?
    Je ne me posais pas la question de mon talent ou pas, j’étais heureuse d’être devant la caméra. Comme je dis souvent, si j’avais mis autant d’énergie pour devenir une bonne comédienne que j’en ai mis pour être une bonne cavalière, j’aurai sans doute eu un oscar. Au fond si je suis sincère, je n’ai pas vraiment fait d’efforts pour faire ce métier

    Vous avez souvent évoqué la « fraîcheur » de l'accueil qui vous a été réservé pendant le tournage des Raisins de la Mort. Quel souvenir gardez-vous de vos relations avec Marie-Georges Pascal, la vedette du film ?
    Franchement rien de bien particulier, elle n’a pas été des plus chaleureuses mais je ne peux pas non plus dire qu’elle ait été odieuse.

     

    La Fiancée de Dracula devrait prochainement faire son apparition sur BDFF. Pouvez-vous nous confier quelques souvenirs de ce tournage ?
    Vous savez j’ai eu trois jours de tournage, le seul souvenir que j’ai c’est la difficulté d’emmener sur le tournage ma jument à plus de cent kilomètres de chez moi !

    Votre reconversion est plus que réussie et vous a assuré une grande popularité. Mais elle vous a éloigné du métier de comédienne, ce qui ne peut que nous attrister. On vous imaginerait tout a fait dans une série télévisée dans un rôle mettant à contribution vos dons d’empathie et votre psychologie (juge, assistante sociale, profileuse…). Seriez-vous partante pour ce genre de projet ? Ce serait piquant de voir « la scandaleuse » venir concurrencer Mimie Mathy…

    Je ne sais pas, mon image d’icone est tellement forte que je ne serais peut-être pas si crédible dans un rôle autre que ce que je suis. Pour tout vous dire, je reviendrai devant la caméra seulement si je me sens vraiment désirée. Faire l’actrice ne fait franchement pas partie de mes priorités.

     

    Voilà ! Un énorme merci à Brigitte Lahaie pour sa gentillesse, sa perspicacité dans les réponses, bref son intelligence. C’est vraiment quelqu’un de bien, qui mérite le respect et l’admiration. Bonne route à elle et à bientôt peut-être avec d’autres interviews sur BDFF…

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